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A prime abord, le jeûne du mois de ramadhan bouleverse les habitudes alimentaires, il n’est donc pas sans effets sur l’organisme, que ce soit le système digestif, l’horloge biologique, les système hormonal…Le Prophète (QSSL) a dit : ‘’ Jeûnez, vous acquérrez la santé’’ (Rapporté par Ibn Sounny)
Le jeûne enseigne l'autodiscipline, raffermit la volonté et exerce l’homme à l’endurance. Il réunit les conditions pour que cet apprentissage réussisse.
- le métabolisme hydrique du corps humain subit une véritable mise à niveau : pendant toute l’année, il fonctionne vers l’extérieur (perte d’eau par respiration, transpiration, à travers les urines et les selles), tout besoin est signalé par la soif et compensé par un apport à n’importe quel moment de la journée. Durant le mois de Ramadhan, la personne ne peut pas répondre aux sollicitations de la soif durant la journée, obligeant l’organisme à chercher l’eau dont il a besoin ailleurs. Il va le faire en réduisant ses pertes : ainsi les urines deviennent moins abondantes et donc plus concentrées comme en témoigne leur couleur foncée, les selles deviennent plus fermes voire dures avec tendance à la constipation…En période de jeûne, il se produit une sorte de réactivation d’un mécanisme qui est peu sollicité en cours d’année, ce mécanisme permet à l’organisme de puiser sur ses ressources intérieures et de réduire ses pertes. Il s’agit donc d’un test de simulation vrai qui permet d’entretenir un mécanisme de compensation.
- Au plan hormonal le jeûne entraîne une inversion des cycles de l’insuline et du glucagon. En temps habituel, après chaque absorption d’aliments ou de boisson sucrée, l’organisme secrète de l’insuline, une hormone qui permet au sucre amené par l’alimentation (le glucose) de pénétrer dans les cellules dont il constitue l’énergie nécessaire à son fonctionnement, le surplus est stocké dans le foie et dans les muscles. Durant les deux ou trois premiers jours de jeûne, le taux de sucre dans le sang diminue dans le sang (on parle d’hypoglycémie), il se manifeste par une sensation de faim. Les jours suivants, il se produit une inversion du système hormonal, l’insuline dont l’activité était prédominante le reste de l’année va céder la place au glucagon, également une hormone, mais dont l’action est antagoniste. Le glucagon va augmenter le glucose dans le sang et le rendre disponible aux cellules, pour cela il va puiser dans les réserves de l’organisme, notamment les graisses. L’entrée en action du glucagon va atténuer la sensation de faim au cours du mois de Ramadhan et si les apports en aliments ne sont pas excessifs le soir, il va aider à réduire le poids, en diminuant les graisses en surplus au niveau de l’organisme.
L'heure des repas désynchronise les rythmes biologiques : Une étude franco-algérienne montre que le jeûne s'accompagne de perturbations hormonales, lesquelles seraient beaucoup plus liées aux changements des heures de repas qu'au rythme nycthéméral. Nous savons que les hormones gastriques, l’insuline, la glycémie et le pH de l’estomac, subissent des modifications au cours du jeûne. Des prélèvements ont été réalisés une semaine avant puis au 23ème jour du mois de Ramadhan. Les patients étudiés ont été soumis à des heures d’endormissement tardives avec une durée de sommeil allant de minuit à 7 heures (à une heure près, comparable aux horaires du ramadan). Le dosage de différentes hormones (cortisol, mélatonine, hormones thyroïdiennes et sexuelles, prolactine, hormone de croissance) montre que les rythmes de sécrétions hormonales sont modifiés durant le mois de ramadan. Cette étude montre que c'est plutôt le changement des heures des repas qui modifie les sécrétions hormonales et donc les rythmes biologiques. En effet, durant le mois de Ramadhan, le paramètre variant le plus n'est pas le rythme veille/sommeil (malgré un horaire de coucher légèrement plus tardif), mais bien les horaires des prises alimentaires ! Ce résultat suggère que l'heure des repas pourrait être utilisée pour resynchroniser les rythmes.
Selon Nicole Boudreau (Cf. Jeûner pour sa santé, Le secret du rajeunissement biologique) le corps possède les moyens de se régénérer. ‘’La vie cellulaire est dynamique; elle se renouvelle constamment et le jeûne stimule ce renouvellement.’’ Le jeûne offre une occasion exceptionnelle à ‘’l’organisme pour digérer ses toxines, ses cellules et ses tissus endommagés. Le corps peut ainsi se détoxiquer et même rajeunir en profondeur ?’’
- Au plan biologique, en plus de la glycémie qui subit d’importantes modifications, d’autres paramètres subissent également des changements : ‘’la calcémie accuse en début de nuit, une diminution significative, mais sans atteindre le seuil inférieur de la normale ; le cholestérol total et l'oxydation des graisses augmentent significativement, de même que l'uricémie ; le taux d'insuline diminue le jour pour augmenter le soir, tout comme la gastrine ; les globules blancs et les plaquettes marquent une légère diminution et le pH gastrique voit sa moyenne diminuée ; cette diminution persiste un mois après le ramadan. Le jeûne du mois de Ramadan semble par contre n'avoir aucune influence sur la pression artérielle et la fréquence cardiaque mesurées en ambulatoire pendant ce mois.’’ (Pr. Larbi Abid – 8/11/ 2003)
Le changement des horaires alimentaires avec au maximum deux repas : un repas au coucher du soleil et un petit repas avant l’aube ; implique un changement du comportement alimentaire pour mieux s’adapter aux bouleversements métaboliques et hormonaux. Il faut, notamment, boire plus que d’habitude (produits laitiers), choisir des aliments contenant des sucres lents (céréales, farines, semoule…), consommer des fruits frais pour leur richesse en vitamines. Il est conseillé de faire la rupture du jeûne avec des dattes et du lait ou produit laitier ou de l’eau voire un fruit et de différer le repas à une ou deux heures plus tard. Ce dernier doit être riche en légumes et en salade avec de l’huile d’olive (donc riche en fibres). Faire du couscous le repas du souhour est un bon choix, car il est riche en sucres lents, ce qui convient parfaitement au jeûne.
- Au plan psychologique, c’est un également une reprise du contrôle du corps par la raison, une maîtrise de ses pulsions, de ses envies… Ce contrôle va dépasser largement le domaine alimentaire pour englober la langue et ce qu’elle peut dire, la vue et sur quoi le regard est dirigé, l’ouie et ce que l’oreille peut entendre, l’humeur et sa tendance à l’irritabilité…Il s’agit en fait d’une véritable reprise en main du corps. Le jeûne apparaît ainsi comme une véritable école de la discipline, de l’endurance et de la patience. C’est l’un des objectifs de l’Islam suivant le hadith suivant : "Aucun de vous ne deviendra véritablement croyant que lorsque ses passions se plieront aux règles que je vous ai apportées." (Rapporté par En-Nawawi sous le n° 41).
Résolution du Conseil de l’Académie islamique du Fiqh, lors de sa dixième session, à Jeddah du 23 au 28 Safar 1418 H (28 juin au 3 juillet 1997) relative aux substances entraînant la rupture du jeûne dans le domaine de la médication :
Ayant pris connaissance des recherches faites au sujet des « substances entraînant la rupture du jeûne dans le domaine de la médication » et des recommandations émanant du 9ème séminaire médical à la lumière du Fiqh organisé par l’Organisation islamique des Sciences médicales, en collaboration avec l’Académie et d’autres institutions, à Casablanca (Royaume du Maroc) du 9 au 12 Safar 1418 H (14 au 17 juin 1997);
Ayant écouté les délibérations qui ont eu lieu à ce sujet avec la participation de Fouqahas et de médecins; et examiné les arguments à partir du Livre Saint, de la Sunna et des avis des Fouqahas;
Décide ce qui suit:
Premièrement:
N’entraînent pas la rupture du jeûne:
• Une goutte dans l’oeil ou dans l’oreille, le lavage auriculaire, une goutte nasale ou la pulvérisation nasale, à condition de ne pas avaler le liquide ayant atteint la gorge.
• Les comprimés placés sous la langue pour soigner une angine de poitrine ou toute autre maladie, à condition de ne rien avaler.
• Tout ce qui est introduit dans l’utérus, qu’il s’agisse de suppositoires, d’eau de bain, d’uréteroscope ou d’auscultation par toucher vaginal.
• L’introduction dans l’utérus d’un uréteroscope, d’un stérilet ou de tout autre instrument similaire.
• Tout ce qui est introduit dans l’urètre (canaux urinaires) de l’homme ou de la femme: sonde urinaire, uréteroscope, substances radio opaques, médicaments, solutions pour le lavement de la vessie.
• L’obturation ou l’extraction dentaire, le nettoyage des dents au moyen d’un cure-dent ou d’une brosse à dents, à condition de ne rien avaler.
• Le bain de bouche, le gargarisme, la pulvérisation buccale, à condition de ne rien avaler.
• Les injections sous-cutanées, intramusculaires ou intraveineuses, à l’exclusion des perfusions et liquides nutritifs (sérums).
• L’oxygène.
• L’anesthésie par vaporisation, à condition de ne pas administrer au malade des liquides nutritifs.
• Tout ce qui pénètre dans le corps par absorption cutanée, qu’il s’agisse de crèmes, de pommades ou de patchs cutanés contenant des produits médicamenteux ou chimiques.
• L’introduction d’un cathétérisme pour la coronographie des vaisseaux du coeur ou d’autres organes.
• La fibroscopie par laparoscopie pour examiner les intestins pour y procéder à une opération chirurgicale.
• La biopsie du foie ou d’autres organes sans administration de solutions ou de liquides.
• La fibroscopie ou la gastroscopie sans absorption de liquides ou d’autres produits.
• L’introduction de tout instrument ou produit dans le cerveau ou la moelle épinière, à des fins thérapeutiques.
• Le vomissement involontaire, contrairement au vomissement provoqué.
Deuxièmement :
Le médecin musulman se doit de recommander à son malade de reporter les différentes formes de traitement précitées jusqu’après la rupture du jeûne, à condition que cela ne porte pas préjudice à sa santé.
Troisièmement:
Différer toute décision concernant les cas suivants, en attendant un surcroît d’étude et d’analyse pour en connaître l’effet sur le jeûne, tout en mettant l’accent sur la Tradition du Prophète et les récits de ses Compagnons:
• Le vaporisateur broncho-dilatateur et l’inhalation de vapeurs médicamenteuses.
• La phlébotomie et la pratique de la saignée.
• La prise de sang aux fins d’analyse et la transfusion sanguine (pour le donneur comme pour le receveur).
• L’hémodialyse péritonéale (placement d’un drain dans la paroi abdominale pour faire entrer une solution appropriée d’ions qui s’échange avec ceux du sang à travers le péritoine) ou le rein artificiel.
• Tout ce qui est introduit dans l’anus: injection rectale, suppositoires, rectoscope ou toucher rectal lors d’une auscultation médicale.
• Les opérations chirurgicales sous anesthésie générale, lorsque le malade a déclaré la veille son intention d’observer le Jeûne et ne s’est fait administrer aucune solution ou liquide nutritif.
