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Désertification

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(Dégradation de la steppe)
EVALUATION DES RESSOURCES PASTORALES EN ZONE STEPPIQUE ET DEFINITION DES INDICATEURS DE DEGRADATION
D. NEDJRAOUI

Unité de Recherche sur les Ressources Biologiques Terrestres
U.R.B.T BP 295 ALGER - GARE ALGERIE

Introduction

Les Hautes Plaines steppiques algériennes sont des régions à vocation essentiellement pastorale. Elles connaissent aujourd'hui une forte tendance à la dégradation qui se traduit par la réduction du potentiel biologique et la rupture des équilibres écologiques et socioéconomiques
Les nombreuses études phytoécologiques et pastorales entreprises dans ces régions ont permis d'évaluer et de cartographier les ressources naturelles disponibles. Des études diachroniques ont été réalisées dans le but de quantifier l'intensité de leur dégradation et de définir les facteurs qui en sont responsables.

1. Caractères généraux des écosystèmes steppiques


Les steppes algériennes, situées entre l’Atlas Tellien au Nord et l’Atlas Saharien au Sud, couvrent une superficie globale de 20 millions d’hectares formant deux grands ensembles:
- les steppes occidentales, constituées des hautes plaines Sud oranaises et Sud algéroises, dont l’altitude décroît du Djebel Mzi à l’Ouest ( 1200 m ) à la dépression du Hodna au centre,
- les steppes orientales à l’Est du Hodna formées par les hautes plaines Sud constantinoises bordées par les massifs des Aurés et des Nemenchas (fig.1).

Les plus importants travaux relatifs aux écosystèmes steppiques, (CAPOT REY ,1953; QUEZEL, 1965; CELLES, 1975; DJEBAILI, 1978; LE HOUEROU et al, 1979; POUGET, 1980; LE HOUEROU, 1985; DJELLOULI, 1990) s’accordent pour délimiter ces écosystèmes, au Nord par l’isohyète 400 mm qui coïncide avec l’extension des cultures céréalières en sec et au Sud, par l’isohyète 100 mm qui représente la limite méridionale de l’extension de l’alfa (Stipa tenacissima ). Les 20 millions d’hectares sont subdivisés en deux grands ensembles:

-15 millions d’hectares sont occupés par une végétation steppique graminéenne et chamaephytique constituant les vraies zones de parcours

-5 millions sont occupés par les cultures, les forêts et le sol nu.


L’influence du Sahara confère à ces régions un climat sec et chaud avec une amplitude thermique très importante. La pluviosité moyenne annuelle (P) varie de 400 mm à 100 mm. Janvier est le mois le plus froid et la M (moyenne des températures minimales) varie de -1,8° C à El Bayadh à 6,7° C à Biskra (DJELLOULI et NEDJRAOUI, 1995), correspondant aux variantes à hiver froid, frais et tempéré. Juillet reste le mois le plus chaud avec des valeurs de M (moyenne des températures maximales du mois le plus chaud)) variant de 33°C à Aflou à 41,7°C à Ouled Djellal à l’ouest de Biskra. La température moyenne annuelle pour l’ensemble de la steppe varie de 19 à 24° C. Nous retrouvons tous les étages bioclimatiques allant du semi aride inférieur frais au per aride supérieur frais.

Les sols se présentent sous forme de mosaïque allant des sols anciens aux sols récents peu évolués (DJEBAILI et al, 1983). On distingue principalement:

- Les sols minéraux bruts (lithosols et régosols) localisés sur les sommets des djebels.

- Les sols peu évolués regroupant les sols d’origines colluviale des glacis, alluviale des lits d’oueds et des dayas et éolienne des formations sableuses fixées.

- Les sols calcimagnésiques caractérisés par des rendzines sur les versants des djebels, les sols bruns calcaires à accumulations calcaires, très répandus, et les sols à encroûtement gypseux, plus rares.

- Les sols isohumiques représentés par les glacis d’érosion et les sols halomorphes qui occupent les chotts et les sabkhas.

Les sols steppiques sont caractérisés par la présence d’accumulation calcaire réduisant la profondeur de sol utile, la faible teneur en matière organique et en éléments biogénes et une forte sensibilité à l’érosion et à la dégradation.

Dans les régions steppiques, les ressources hydriques sont faibles, peu renouvelables, inégalement réparties et anarchiquement exploitées. Le réseau hydrographique est diffus et peu hiérarchisé sur le piémont où il se disperse en chenaux multiples sur les cônes de défection et sur les glacis, (JOLY, 1986). Les oueds rares, sont caractérisés par un écoulement temporaire et endoréique. Les points d’eau sont au nombre de 6 500 dont plus de 50 % ne sont plus fonctionnels (BEDRANI, 1995), en raison des équipements détériorés et souvent inexistants et des chutes des niveaux statiques des nappes alluviales et phréatiques.

2. Evaluation des ressources naturelles


Les steppes algériennes sont dominées par 4 grands types de formations végétales: les formations à alfa (Stipa tenacissima), à armoise blanche (Artemisia herba alba), à sparte (Lygeum spartum) et à remt (Hamada scoparium). Les formations azonales sont représentées par les espèces psammophiles et les espèces halophiles.

- Les steppes à alfa dont l’aire potentielle était de 4 millions d’hectares assurent la transition entre les groupements forestiers et les groupements steppiques à armoise blanche. Elles présentent une forte amplitude écologique (ACHOUR, 1983, KADI-HANIFI, 1998). On les retrouve en effet dans les étages bioclimatiques semi arides à hiver frais et froid et aride supérieur à hiver froid. Ces steppes colonisent tous les substrats géologiques de 400 à 1 800 m d’altitude (DJEBAILI et al, 1995). Dans les cas les plus favorables la production de l’alfa peut atteindre 10 tonnes MS/ha, mais la partie verte, qui est la partie exploitable, a une production de 1 000 à 1 500 kg MS/ha (AIDOUD, 1983; NEDJRAOUI, 1990). La productivité pastorale moyenne de ce type de steppe varie de 60 à 150 UF/ha selon le recouvrement et le cortège floristique (NEDJRAOUI, 1981). La valeur pastorale des parcours à alfa peu importante (10 à 20/100 en moyenne) permet une charge de 4 à 6 hectares par mouton.

- Les steppes à armoise blanche (Artemisia herba alba) recouvrent 3 millions d’hectares (en aire potentielle) et sont situées dans les étages arides supérieur et moyen à hiver frais et froid avec des précipitations variant de 100 à 300 mm. Ce type de steppe s’étale sur les zones d’épandage, dans les dépressions et sur les glacis encroûtés avec une pellicule de glaçage en surface. La production primaire varie de 500 à 4 500 kgMS/ha (AIDOUD, 1983, 1989) avec une production annuelle totale de 1 000 kg MS/ha. La production annuelle consommable est de 500 kg MS/ha, soit une productivité pastorale moyenne de 150 à 200 UF/ha. L’armoise ayant une valeur fourragère importante de 0,45 à 0,70 UF/kgMS (NEDJRAOUI, 1981), les steppes à armoise blanche sont souvent considérées comme les meilleurs parcours, 1à 3 ha/mouton. Ces parcours sont utilisés pendant toute l’année et en particulier en mauvaises saisons, en été ou en hiver, où ils constituent des réserves importantes. L’armoise est une espèce bien adaptée à la sécheresse et à la pression animale, en particulier ovine. Le type de faciès dégradé correspond à celui de Peganum harmala dans les zones de campement et autour des points d’eau.

- Les steppes à sparte couvrent 2 millions d’hectares. Elles sont rarement homogènes et occupent les glacis d’érosion encroûtés recouverts d’un voile éolien sur sols bruns calcaires, halomorphes dans la zone des chotts. Ces formations sont soumises à des bioclimats arides, supérieur et moyen à hivers froids et frais. L’espèce Lygeum spartum ne présente qu’un faible intérêt pastoral (0,3 à 0,4 UF/kg MS). Les steppes à Lygeum spartum sont peu productives avec une production moyenne annuelle variant de 300 à 500 kg MS/ha, mais elles constituent cependant des parcours d’assez bonne qualité. Leur intérêt vient de leur diversité floristique. La productivité, relativement élevée (110 kg MS/ha/an), des espèces annuelles et petites vivaces, confère à ces types de parcours une production pastorale importante de 100 à 190 UF/ha/an permettant une charge de 2 à 5 ha/mouton

- Les steppes à remt (Arthrophytum scoparium) forment des steppes buissonneuses chamaephytiques avec un recouvrement moyen inférieur à 12,5%. Les mauvaises conditions de milieu, xérophilie (20<P<200 mm/an), thermophilie, variantes chaude à fraîche, des sols pauvres, bruns calcaires à dalles ou sierozems encroûtés, font de ces steppes, des parcours qui présentent un intérêt assez faible sur le plan pastoral. La valeur énergétique de l’espèce est de l’ordre de 0,2 UF/kgMS. La production moyenne annuelle varie de 40 et 80 kgMS/ha et la productivité pastorale est comprise entre 25 et 50 UF/ha/an avec une charge pastorale de 10 à 12 ha/mouton.

- Les steppes à psamophytes sont liées à la texture sableuse des horizons de surface et aux apports d’origine éolienne. Ces formations sont inégalement réparties et occupent une surface estimée à 200.000 hectares. Elles suivent les couloirs d’ensablement et se répartissent également dans les dépressions constituées par les chotts. Elles sont plus fréquentes en zones aride et présaharienne. Ces formations psammophytes sont généralement des steppes graminéennes à Aristida punjens et thymellaea microphyla ou encore des steppes arbustives à Retama retam (LE HOUEROU, 1969 ; CELLES 1975 ; DJEBAILI, 1978). Le recouvrement de la végétation psammophyte est souvent supérieur à 30 % donnant une production pastorale importante comprise entre 150 et 200 UF/Ha/an. Cette production relativement élevée est due essentiellement à la prolifération des espèces annuelles dans ce type de parcours ensablé, ce qui permet une charge de 2 à 3 ha/mouton.

- Les steppes à halophytes. La nature des sels, leur concentration et leur variation dans l’espace vont créer une zonation particulière de la végétation halophile autour des dépressions salées. Ces formations se développent sur des sols profonds (supérieur à 1 mètre) riches en chlorure de sodium et en gypse. Ces formations étant très éparses, leur surface n’a pas été déterminée de façon très précise, cependant elles constituent d'excellents parcours notamment pour les ovins en raison des fortes teneurs en sel dans ce type de végétation et les valeurs énergétiques relativement élevées des espèces les plus répandues (0,89 UF/KgMS pour Suaeda fruticosa, 0,85 UF/KgMS pour Atriplex halimus, 0,68 pour Frankenia thymifolia et 0,58 pour Salsola vermiculata)..........................

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